L’empire des Incas
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La société Inca a donné lieu à de nombreuses hypothèses. Les Incas, en effet, n’ont laissé aucun écrit, et les témoignages dont nous disposons émanent soit des premiers conquistadores espagnols, qui avaient recueilli des récits auprès des indigènes, soit de chroniqueurs métis.
L’essor de la tribu Inca
Héritiers parmi d’autres des brillantes civilisations qui les avaient précédés, les Incas n’étaient à l’origine qu’une petite tribu établie dans la région quechua, sur les rives du lac Titicaca.
Il s'agirait d'un groupe d'hommes menés par Manco Capac ; après une migration vers le nord, celui-ci s'allie avec quelques communautés quechuas pour déloger les habitants de la vallée du Cuzco. Ce sont dès lors tous les descendants de ces premiers colons ainsi que leurs alliés qui sont considérés comme Incas.
Création et expansion de l'empire
La région de Cuzco est habitée par de nombreux autres peuples, et les Incas, à leur arrivée, n'y sont qu'un groupe parmi d'autres. Ces petites puissances régionales, s'affrontaient dans des guerres locales. Les Incas participent à une confédération avec d'autres groupes en occupant dans un premier temps un rang subordonné et non dominateur. Ils adoptent la langue Quechua, qui devient la lingua franca du plateau andin la propageant ensuite sur tout le territoire.
La confédération repose sur deux moitiés : le Hanan, la moitié du haut, et le Hurin, la moitié du bas dont font partie les Incas. Le Hanan détient les pouvoirs politique et religieux, et le Hurin, le pouvoir militaire. Cette répartition des pouvoirs explique en partie la montée en puissance par les armes du groupe Inca. Petit à petit, ils prennent de plus en plus d'importance dans la confédération. Pendant près de trois siècles, les populations avoisinantes leur versent des tributs mais ce n'est véritablement qu'au milieu du XIVe siècle que les Incas créent un État à leur nom.
Une société hiérarchisée
La hiérarchie dans l'empire Inca reprend l'organisation traditionnelle des communautés andines. L'Inca est à la fois chef de son clan et souverain de tout l'empire. L'organisation communautaire est à la base de la structure de l'empire. Dans de nombreux cas, l'Inca conquérant veille à ne pas bousculer l'organisation traditionnelle des populations à assimiler et laisse en place les autorités traditionnelles et leur confie des instructeurs du clan Inca pour les informer des lois de l'empire et les instruire dans la religion officielle. Ces autorités locales étaient donc encadrées et rendaient comptes à des supérieurs hiérarchiques qui tous étaient membres du clan Inca.
D'une manière générale, il existait trois classes : d'une part la classe laborieuse constituée des paysans et artisans, d'autre part la classe de gouvernance locale et enfin au sommet, la classe dirigeante de souche Inca qui tenait toutes les rênes de l'empire. Cette classe dirigeante était organisée comme un clan ordinaire dont les membres étaient appelés aux plus hautes fonctions au sein de l'empire, qu'elles soient religieuses, militaires ou administratives.
Cette société était donc basée sur un système de castes et on ne pouvait que très difficilement et exceptionnellement changer de rang. Un individu de la classe laborieuse pouvait accéder à la classe dirigeante suite à un exploit militaire ou grâce à quelque autre mérite.
L'écriture et les quipus
Alors que l'Empire inca était très structuré et bureaucratisé, l'écriture n'y a apparemment pas existé.
En revanche, un système de quipus a été mis en place. Les quipus sont des messages codés sous la forme de nœuds de différentes sortes sur des fils de laine, coton ou autre matériau et de différentes couleurs. Ces quipus servaient aux statistiques de l'État : recensement très précis (nombre d'habitants par âge et par sexe), nombre d'animaux, état des stocks, tributs payés et dûs des différents peuples, enregistrement de l'ensemble des entrées et sorties de marchandises des entrepôts de l'État, etc... Seuls les administrateurs connaissaient la clé des quipus : c'étaient les Quipucamayocs.
Il semblerait que les quipus aient aussi servi à notifier les grandes dates de l'histoire et à consigner certains récits ou secrets religieux mais ceux-ci restent indéchiffrables de nos jours contrairement à certains quipus de statistiques.
Ce ne sont pas les Incas qui ont inventé les quipus connus par la civilisation précolombienne de Caral il y a 4 500 ans.
Le culte du Soleil
Dans les Andes, de nombreuses communautés se réclamaient originaires ou descendantes de tel lieu sacré, de telle étoile ou de tel animal. C'est dans ce contexte qu'à partir du XVe siècle, les Incas se veulent être les Fils du Soleil (appelé Inti ou Tahuantinsuyu en quechua). Pour leurs contemporains, les victoires militaires et la politique éclairée des souverains incas semblent confirmer cette origine merveilleuse. Les Incas imposent donc le culte du soleil comme culte officiel dans l'empire : l'idole solaire côtoiera la myriade de divinités adorées dans l'Empire. Il ne s'agit pas pour autant d'un culte monothéiste mais plutôt d'un animisme d'État.
Pour instituer le culte, les Incas bâtissent des temples dédiés principalement au soleil. Le plus célèbre de tous est le Coricancha (enclos d'or en quechua), temple du Soleil de Cuzco. Ce temple, principal dans l'Empire, servait aussi de lieu de culte à d'autres entités divines comme Mama Quilla, la Lune, et Illapa, divinité de la foudre, de l'éclair et du tonnerre.
Le temple du Soleil à Cuzco, véritable saint des saints de l'Empire, n'a pas subsisté aux ravages de la conquête. Il n'en reste aujourd'hui que quelques descriptions ainsi que quelques murs témoins de la splendeur de l'ouvrage. Il fut construit avec des pierres de taille s'ajustant parfaitement les unes dans les autres, sans ciment. Sa circonférence s'étendait sur plus de 365 mètres. À l'intérieur du temple trônait, entre autres trésors, un disque d'or représentant le Soleil ainsi qu'une représentation du Panthéon Inca. Il s'y trouvait également un jardin sacré où tous les éléments de la nature étaient représentés sous la forme de statuettes entièrement en or, métal symbolique du soleil.
L’agriculture, pilier de l’économie
La société dominée par les Incas vivait essentiellement de l'agriculture. Les terres étaient cultivées en commun. On les divisait en trois parts, suivant les ordonnances strictes de l'Etat. Un premier lot revenait au dieu Soleil, c'est-à -dire que les fruits de cette terre serviraient aux rites et aux cérémonies. Le second était réservé à l'Inca, à sa famille, ses serviteurs, ses soldats. Le troisième enfin était réparti entre les cultivateurs, entre les membres de l'ayllu, ou communauté.
Les sols changeaient du tout au tout suivant leur situation : peu de points communs en effet entre les sables des régions côtières et les terres des hauts plateaux, entre les coins de forêt et les surfaces enneigées. La sierra, où se concentrait la majorité de la population indienne, était entrecoupée de profondes vallées. Sur leurs flancs, les cultures s'échelonnaient, conditionnées par le climat. C'est pourquoi l'on a pu caractériser l'économie andine de "verticale".
La vie de l'Empire était déterminée par deux systèmes de production différents : la culture de la pomme de terre et l'élevage du lama sur les hauts plateaux, la culture du maïs dans les régions moins élevées. Cette dernière permettait de constituer le gros des réserves.
On prétend que la pomme de terre aurait eu son origine dans les Andes. Perfectionnant son exploitation au cours des siècles, les Andins en obtinrent jusqu'à 700 variétés, dont certaines poussaient à plus de 5 000 mètres d'altitude. Le climat de la puna était favorable à la fabrication du chuño, produit à base de pommes de terre séchées et déshydratées sous l'action du gel et du soleil, il pouvait se conserver pendant des années.
Le paysan andin a su tirer le meilleur parti possible du milieu hostile dans lequel il vivait. On estime qu'il parvint à obtenir, par greffes et sélections, une quarantaine de produits différents répartis sur les étages climatiques de sa géographie. Il cultiva, en plus du maïs et de la pomme de terre, des céréales extrêmement nutritives, comme la quinoa et la quiwicha qui peuvent pousser jusqu'à plus de 4000 m d'altitude, différentes variétés de haricots, le piment, la cacahuète, la courge, l'avocat et le coton, pour ne nommer que les produits les plus importants. Il obtint aussi certaines variétés d'orchidées, fleur rare, et la coca, cette plante magique des Andes, dont les feuilles stimulent en même temps qu'elles aident à lutter contre la faim, la soif et la douleur.
Arts et sciences
En sciences, les Incas ont acquis beaucoup de connaissances dans certains domaines tels que les mathématiques, basées sur un système quadri décimal (base 40) et non décimal, ou l'astronomie. Capables de voir les solstices ou les équinoxes, leur calendrier à la fois lunaire et solaire leur permettait de gérer les cycles agricoles.
Les connaissances incas étaient également remarquables en médecine, étant dans certains domaines en avance par rapport aux connaissances européennes. L'utilisation de nombreuses plantes leur permettait de guérir de nombreuses maladies et de soulager diverses souffrances, comme par exemple la quinine pour traiter la malaria. Ils avaient une très bonne connaissance des plantes et de leurs bénéfices. Les Incas pratiquaient également la chirurgie, notamment les trépanations crâniennes (on a retrouvé dans des nécropoles des incas, un ou plusieurs crânes trépanés) ; ils utilisaient la coca comme anesthésiant.
Les Incas étaient d'excellents architectes. Leurs constructions sont imposantes et ingénieuses, souvent orientées à des fins utilitaires. Le nombre de bâtiments et autres constructions réalisés est vraiment élevé. La forme trapézoïdale souvent donnée aux portes et fenêtres des temples permet à l'édifice de résister beaucoup mieux aux mouvements des plaques terrestres, provoquant des tremblements de terres, très fréquents dans ces régions. En s'installant à Cuzco, les Espagnols ont d'ailleurs repris comme fondation de leurs bâtiments les restes des temples incas. Lors des nombreux séismes, les constructions ou fondations incas tenaient généralement mieux que les constructions espagnoles.
Les Incas utilisaient divers styles architecturaux, mais le plus connu est sans conteste celui utilisé par exemple pour le temple du Soleil de Cuzco ainsi que beaucoup d'autres bâtiments d'importance : le matériau principal était la pierre ; mais ils n'utilisaient pas de mortier pour les joindre entre elles. De grandes pierres polygonales étaient alors utilisées, s'incrustant parfaitement les unes à côté des autres sans laisser le moindre espace vide. On peut voir encore de nos jours de nombreux exemples de cet art architectural, parmi lesquels Sacsayhuamán la forteresse de Cuzco, ou encore les impressionnantes ruines d'Ollantaytambo.
Mis à jour (Dimanche, 03 Janvier 2010 19:00)





